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L’humeur sur le marché parisien est volatile. Elle change avec les saisons et au gré des différents cabinets. Après les inquiétudes naissantes de 2008, le marché avait pourtant repris confiance et se préparait impatient au début du printemps 2009 au retour annoncé des grandes transactions. Au printemps 2010, l’incertitude était revenue s’installer chez bon nombre de cabinets. On s’interrogeait ; les temps où les grandes opérations se succédaient à une cadence effrénée reviendraient-ils un jour rythmer les salles de réunion? Une chose en entrainant une autre, la baisse du volume de transactions a conduit à une stabilisation ou une diminution des revenus chez la plupart des grands cabinets d’avocats de la place - événement inédit sur le marché après des années de croissance marquée. Les départements et les équipes spécialisés dans le retournement se sont multipliés dans les cabinets et ont pris le relais de croissance de l’activité. Un professionnel du secteur a d’ailleurs qualifié l’année 2009 ‘d’âge d’or de la restructuration’. Le contentieux et le droit social ont retrouvé leurs titres de noblesse dans le monde des affaires et ont largement contribué aux revenus des cabinets. Les équipes de droit de la concurrence ont également été très sollicitées et plusieurs recrutements de premier plan ont concerné cette discipline en 2009, le plus emblématique étant celui de Claude Lazarus par Howrey LLP. Mais ce fut d’abord la forte implication de l’état français dans l’économie qui a été très salutaire pour de nombreux cabinets. Elle a fourni du travail à nombre d’entre eux qui ont ainsi pu maintenir leurs équipes occupées autour de transactions et de larges projets d’infrastructure et d’énergie. De nombreux cabinets développent d’ailleurs leurs expertises dans le secteur des énergies renouvelables et des financements de projets, le recrutement de Thierry Laloum et d’Amir Jahanguiri par Willkie Farr & Gallagher LLP étant le dernier exemple marquant en date. En affaiblissant les revenus et le volume de transactions, la crise économique et financière a également engendré son cortège de mouvements d’avocats, particulièrement au profit des cabinets américains et français qui se renforcent, se diversifient ou se créent. Parmi les plus significatifs chez les américains, Orrick Rambaud Martel a fait quatre recrutements d’associés et Mayer Brown a été rejoint par quatre nouveaux associés parmi lesquels Andrew Armfelt, en plus d’annoncer quatre promotions internes. En ce qui concerne les cabinets français, Darrois Villey Maillot Brochier a réalisé quatre recrutements d’associés de premier plan avec Bertrand Cardi, Martin Lebeuf, Henri Savoie et Christophe Ingrain. JeantetAssociés AARPI a également procédé au recrutement de six associés, quand Granrut Avocats a accueilli quatre nouveaux associés et compte dans ses rangs le nouveau Bâtonnier de Paris avec Jean Castelain. A l’opposé, les rapprochements entre cabinets n’ont pas fait les gros titres hormis pour la fusion d’Hogan Lovells (Paris) LLP au plan global en 2010 qui débouche sur la création d’un nouveau géant du droit avec 40 bureaux et plus de 2500 avocats dans le monde. Les nouveaux entrants n’ont également pas été nombreux à venir s’installer en France, à quelques exceptions près. Wragge & Co, cabinet anglais originaire de Birmingham et possédant plusieurs bureaux à travers le monde, a ouvert à Paris avec une équipe d’une dizaine d’associés issus de Lefèvre Pelletier & Associés. Le cabinet affiche de fortes compétences en immobilier avec David Blondel, Henry Ranchon et le fiscaliste Pierre Appremont. Le cabinet canadien Fasken Martineau LLP s’est également implanté à Paris en septembre 2009 suite au rapprochement avec le cabinet local Gravel, Leclerc & Associés. Le marché demeure par contre très dynamique du point de vue des nouvelles créations de cabinets et notamment de boutiques spécialisées et de structures de taille moyenne. Quatre associés issus de Lefèvre Pelletier & Associés ont ainsi fondé Quadrige en 2010. La création la plus marquante reste néanmoins celle d’Altana fin 2009, un cabinet pluridisciplinaire et indépendant de premier plan. La structure a été fondée par une douzaine d’associés de forte notoriété issus de Salans et de Proskauer et qui ont, pour une grande partie, déjà collaboré ensemble dans le passé au sein de l’ancien Rambaud Martel avant son rapprochement avec le cabinet américain Orrick. La création d’Altana n’est en réalité que le prolongement d’une dynamique de renaissance des cabinets français enclenchée dans les années 2000, que la crise ne fait que cristalliser. Le mouvement avait été inauguré par des cabinets tels que Cotty Vivant Marchisio & Lauzeral, De Gaulle Fleurance & Associés et Franklin qui sont devenus aujourd’hui de belles structures, et plus récemment suivi par Fuchs Cohana Reboul & Béroard, Godet Gaillard Solle Maraux & Associés et Renault, Thominette, Vignaud. Les exemples similaires sont nombreux, sans mentionner toutes les boutiques spécialisées qui ont vu le jour entre temps. Cependant la fondation d’Altana est peut-être, de par son ampleur (une douzaine d’associés à forte notoriété), la confirmation d’une tendance profonde. La crise financière et économique n’a certes pas fait vaciller la hiérarchie du marché mais les changements sont peut-être plus profonds qu’ils n’y paraissent en ce qu’ils semblent toucher à l’essence même du métier d’avocat et à sa façon de l’exercer. Sans parler de révolution, la montée en puissance d’une nouvelle génération d’avocats formée dans les grandes maisons mais en quête d’un idéal différent et d’une plus grande indépendance marque peut-être l’avènement d’une transformation du marché autour de nouvelles valeurs. Les clients sont récepteurs et apprécient de se retrouver en prise directe avec l’associé. A l’heure où la crise actuelle appelle à des changements de mentalité et alors que le modèle anglais de cabinet semble s’essouffler, la version moderne du cabinet indépendant, entrepreneurial et ouvert sur l’international se positionne comme porteur d’avenir et pourrait à terme rééquilibrer le marché.
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